Le Levitra est-il encore un bon choix contre la dysfonction érectile en France?
Qu’est-ce que le Levitra et comment agit-il vraiment?
Le Levitra désigne la marque historique du vardénafil, un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase de type 5 (PDE5). Commercialisé au début des années 2000 par Bayer, il appartient à la même famille que le sildénafil (Viagra), le tadalafil (Cialis) et l’avanafil (Spedra).
Son principe est simple mais précis. Lors d’une stimulation sexuelle, le monoxyde d’azote libéré dans les corps caverneux active la guanylate cyclase, qui produit du GMP cyclique (GMPc). Ce dernier détend les muscles lisses et favorise l’afflux sanguin. La PDE5 dégrade normalement le GMPc et met fin à l’érection. Le vardénafil bloque cette enzyme de façon puissante et sélective, permettant au GMPc de persister plus longtemps. Résultat : une érection plus facile à obtenir et à maintenir, à condition qu’il y ait une excitation sexuelle. Sans stimulation, rien ne se passe.
Dans les études cliniques, une dose de 20 mg a pu induire une rigidité suffisante pour une pénétration dès la quinzième minute chez certains hommes (mesures par RigiScan). La réponse devenait statistiquement significative autour de 25 minutes par rapport au placebo. La demi-vie d’élimination se situe généralement entre 4 et 6 heures, ce qui se traduit par une fenêtre d’efficacité clinique d’environ 4 à 8 heures selon les individus.
En France, la marque Levitra a cessé d’être commercialisée en 2021 pour des raisons purement commerciales (volumes de vente insuffisants face aux génériques du sildénafil). L’autorisation européenne demeure toutefois valide au niveau de l’EMA, et la molécule est toujours disponible sous forme de génériques de vardénafil (Biogaran, Accord, Krka, Viatris, etc.) sur ordonnance.
Indications, populations concernées et place dans les recommandations
L’indication officielle est le traitement de la dysfonction érectile chez l’homme adulte : l’incapacité à obtenir ou maintenir une érection suffisante pour une activité sexuelle satisfaisante.
Les recommandations AFU/SFMS 2024 placent les inhibiteurs de la PDE5 en première intention (grade A). Les différents représentants de la classe (sildénafil, vardénafil, tadalafil, avanafil) sont considérés comme globalement équivalents en efficacité et en tolérance. Le choix se fait donc surtout sur la durée d’action souhaitée, la rapidité, les habitudes de vie et la tolérance individuelle.
Le vardénafil peut convenir particulièrement :
- aux hommes qui recherchent un profil d’action intermédiaire (ni ultra-court ni ultra-long) ;
- à certains patients diabétiques, chez qui il a parfois été mieux toléré dans des observations cliniques ;
- à ceux qui ont déjà essayé le sildénafil et veulent une alternative proche mais distincte.
Il n’est pas indiqué chez les femmes, ni chez les moins de 18 ans. Une évaluation cardiovasculaire préalable reste indispensable, surtout en présence de plusieurs facteurs de risque.
Posologie, prise et ajustements pratiques
La dose de départ recommandée est de 10 mg, à prendre environ 25 à 60 minutes avant le rapport. En fonction de l’efficacité et de la tolérance, le médecin peut monter à 20 mg ou descendre à 5 mg. La dose maximale est de 20 mg et la fréquence maximale est d’une prise par 24 heures.
Quelques points concrets :
- Le comprimé peut être pris avec ou sans nourriture. Un repas très gras peut retarder un peu le début d’action.
- Les personnes de plus de 65 ans, celles souffrant d’insuffisance hépatique modérée ou d’insuffisance rénale sévère commencent souvent à 5 mg.
- En cas d’insuffisance hépatique sévère ou de dialyse, le médicament est contre-indiqué.
- Les comprimés orodispersibles (lorsqu’ils étaient disponibles sous la marque) se plaçaient sur la langue et fondaient sans eau ; les formes génériques actuelles sont principalement des comprimés pelliculés classiques.
Liste des règles simples à retenir
- Une seule prise par jour.
- Stimuler sexuellement pour que le médicament agisse.
- Ne jamais associer aux dérivés nitrés (trinitrine, poppers, etc.).
- Informer tout médecin d’urgence que vous prenez un inhibiteur de la PDE5.
Effets indésirables, contre-indications et précautions
Les effets les plus fréquents sont les maux de tête (très fréquents, > 1 patient sur 10), les bouffées de chaleur, la congestion nasale et les sensations de vertige. Ils sont généralement légers à modérés et transitoires.
Moins fréquents : troubles visuels légers (perception des couleurs, sensibilité à la lumière), douleurs dorsales ou musculaires, dyspepsie, palpitations. Rares mais importants à connaître : priapisme (érection douloureuse de plus de 4 heures), perte soudaine de vision ou d’audition, réactions allergiques sévères, événements cardiovasculaires.
Contre-indications principales
- Hypersensibilité au vardénafil ou à un excipient.
- Prise concomitante de nitrates ou de donneurs de monoxyde d’azote.
- Association au riociguat.
- Antécédents récents d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral ou d’angor instable non stabilisé.
- Insuffisance hépatique sévère, insuffisance rénale terminale sous dialyse.
Interactions notables : les inhibiteurs puissants du CYP3A4 (kétoconazole, itraconazole, certains antiviraux, érythromycine à forte dose) peuvent augmenter fortement les concentrations ; la dose de vardénafil doit alors être limitée ou évitée. Le jus de pamplemousse peut aussi amplifier les effets. Les alpha-bloquants nécessitent une prudence et souvent une dose réduite pour éviter une chute tensionnelle.
Comparaison avec les analogues disponibles en France
En pratique française actuelle, les options orales principales sont le sildénafil (Viagra et génériques), le tadalafil (Cialis et génériques), l’avanafil (Spedra) et le vardénafil (génériques).
| Critère | Vardénafil (ex-Levitra) | Sildénafil (Viagra) | Tadalafil (Cialis) | Avanafil (Spedra) |
|---|---|---|---|---|
| Début d’action | 25–60 min | 30–60 min | 30 min (pic ~2 h) | 15–30 min |
| Durée d’effet | 4–8 h | 4–6 h | jusqu’à 36 h | 6–8 h |
| Sensibilité repas gras | Modérée | Marquée | Faible | Modérée |
| Prise quotidienne possible | Non | Non | Oui (2,5–5 mg) | Non |
| Profil de tolérance | Bon, parfois préféré chez certains diabétiques | Classique (céphalées, rougeurs) | Douleurs musculaires/dos plus fréquentes | Souvent bien toléré, effet rapide |
Le vardénafil se positionne comme une alternative proche du sildénafil, avec parfois une durée un peu plus longue et une tolérance jugée favorable dans certaines populations. Il ne rivalise pas avec le tadalafil sur la spontanéité sur 24–36 heures, ni avec l’avanafil sur la rapidité extrême. Pour un couple qui souhaite planifier un rapport sans contrainte de timing serré, le Cialis reste souvent préféré. Pour des rencontres ponctuelles où la discrétion et le prix comptent, les génériques de sildénafil dominent. Le vardénafil trouve sa place chez les hommes qui ont déjà testé le sildénafil sans être pleinement satisfaits de la fenêtre d’action ou de la tolérance, ou qui apprécient un profil intermédiaire.
Les prix des génériques ont considérablement baissé. Le choix se fait rarement sur le seul coût, mais plutôt sur le mode de vie et la réponse individuelle.
Disponibilité, cadre légal et conseils d’achat
En France, le vardénafil est un médicament de liste I, délivré uniquement sur ordonnance. L’achat en ligne hors circuit officiellement autorisé expose à des contrefaçons. L’ANSM et les autorités européennes rappellent régulièrement les risques (sous-dosage, surdosage, substances non déclarées).
Les génériques sont disponibles en pharmacie d’officine. Ils contiennent la même substance active aux mêmes dosages (5, 10 et 20 mg). L’équivalence a été établie. Le pharmacien peut orienter vers la spécialité disponible et expliquer les différences d’excipients éventuelles (certains contiennent de l’aspartam, source de phénylalanine).
Avis de la pharmacie
Dans notre pratique quotidienne, le vardénafil reste une option solide et bien documentée. Nous le proposons souvent comme alternative lorsque le sildénafil a été mal toléré ou jugé un peu court, ou lorsque le patient souhaite éviter la durée très longue du tadalafil. Les retours sont généralement positifs sur la qualité de l’érection et la prévisibilité de l’effet, à condition de respecter le délai de prise et d’avoir une stimulation sexuelle adéquate.
Nous insistons toujours sur trois points : la nécessité d’une ordonnance et d’un bilan médical préalable, l’interdiction absolue d’associer aux nitrates, et l’intérêt d’essayer différentes molécules de la classe si la première ne convient pas parfaitement. Chaque homme répond de façon individuelle. Le meilleur traitement est celui qui s’adapte à votre vie, pas celui qui a le plus de notoriété.
N’hésitez pas à en parler à votre médecin ou à votre pharmacien : ils pourront ajuster la dose, vérifier les interactions et vous accompagner dans le choix le plus pertinent.
Sources
- Agence européenne des médicaments (EMA) – Levitra : https://www.ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/levitra
- Information produit EMA (version française) : https://www.ema.europa.eu/fr/documents/product-information/levitra-epar-product-information_fr.pdf
- Base de données publique des médicaments (exemple générique) : https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/67463468/extrait
- Recommandations AFU/SFMS – Prise en charge thérapeutique de la dysfonction érectile (synthèse 2024) : https://www.urofrance.org/wp-content/uploads/2025/01/Reco-DE_Synthese_Version-finale_12.02.2024.pdf



